Edouard Debat-Ponsan - Toulouse, 25 avril 1847 - Paris, 29 janvier 1913
Jephté ou Jephthah, d'après la Bible, était l'un des Juges d'Israël.
Avant d'attaquer les Ammonites,
Jephthah fit le vœu imprudent d'offrir à Dieu, en
holocauste, en cas de victoire,
la première personne qui viendrait à sa rencontre. Ce fut sa fille unique qui
accourut la première au-devant de lui, "en dansant au son des tambourins". Le
malheureux père dut accomplir son vœu et sa fille consentit au sacrifice, après
qu'il lui eut été accordé deux mois pour "pleurer sa virginité". Source : Livre des Juges, chapitres 10, 11, 12
Pour un regard contemporain, quelle signification, quel sens apporter à "La Fille de Jephthah". La scène biblique ne nous parle plus, mais ses femmes bien typées, mélancoliques et résignées, ne cessent pas pour autant de nous interpeller; Que font-elles, qu'attendent-elles, qu'espèrent-elles ?
Élève de Cabanel, Edouard Debat-Ponsan est célèbre pour ses portraits de la
grande bourgeoisie et des hommes politiques parisiens, ses peintures d'histoire
de l'Antiquité et ses scènes de la vie paysanne. Républicain, ancien combattant
de la guerre de 1870, Debat-Ponsan s'engage dans la lutte pour la réhabilitation
du capitaine Dreyfus,
en exposant au Salon de 1898 sa "Vérité sortant du puits", tableau
manifeste qui sera offert en souscription à Émile Zola. Père de l'architecte et grand prix de Rome 1912, Jacques
Debat-Ponsan, il est aussi le grand-père de Michel Debré, premier ministre du Général de Gaulle et l'un des rédacteurs de la cinquième république.
De ses six
participations au Grand Prix de Rome le peintre ne remportera qu'un premier second
grand prix pour "La Captivité des Juifs à Babylone" aujourd'hui perdu.
Edouard Debat-Ponsan bénéficie des premiers achats d'État en 1875 avec son tableau "Daniel dans
la fosse aux lions" pour 2000
francs, et qui orne aujourd'hui la cathédrale de Mirande ou bien, l'année suivante, avec "La
Fille de Jephté ", l'un de ses tableaux les plus élaboré.
Guillaume Seignac - Georges Rochegrosse - Jules Lefebvre - John William Godward - Emile Vernon - Jean-Léon Gérôme - William Bouguereau - Paul Merwart - Léon Comerre

Edouard DEBAT-PONSAN - Itinéraire balisé d’un peintre de province
A l’école des Beaux-Arts de
Toulouse la scolarité se déroule de la mi-octobre à la mi-juillet. L’établissement
compte, en 1860, 644 élèves et en 1866, jusqu’à 930. Les travaux annuels des
élèves sont exposés chaque été dans la galerie du musée. Parmi les prix
attribués, le plus important, le grand prix de peinture de la ville est décerné
tous les trois ans. Les lauréats deviennent alors pensionnaires de la ville de
Toulouse à l’école des Beaux-Arts de Paris, ils bénéficient d’une bourse
annuelle et doivent envoyer à l’école chaque année, sur le modèle des logistes romains,
quelques travaux d’études ou de copies.
En 1860, les peintres
Jean-Paul Laurens et Pierre-Auguste Cot comptent parmi les pensionnaires
toulousains. Cette même année Debat-Ponsan, âgé d’à peine 14 ans, est
récompensé d’un deuxième accessit en dessin d’après le plâtre. Deux ans après,
il obtiendra le premier prix, toujours en « plâtre » d’après l’antique
et, en 1865, il sera encore premier prix, toujours à l’école de Toulouse, pour
le dessin d’après modèle vivant cette fois.
Edouard Debat-Ponsan entre ensuite
aux Beaux-Arts de Paris, section peinture, le 15 octobre 1866 et s’inscrit à la
fin du mois dans l’atelier du peintre Cabanel. Alexandre Cabanel, outre sa
charge d’enseignant, dirigera longtemps avec William Bouguereau, le célèbre salon
annuel de peinture. Les critiques décriront Cabanel comme un patron
consciencieux, bienveillant mais aussi libéral. Les leçons du peintre vont
permettre au jeune Ponsan d’appréhender sans complexe les grands sujets
historiques, qu’ils soient peintures de chevalet ou, plus tard, décors d’édifices.
Dès 1868, l’élève
sera récompensé d’un prix d’esquisse peinte.
L’année 1870 marque la
première participation du peintre au Salon parisien, grand rendez-vous annuel
des artistes et point de départ obligé de toute carrière. Jusqu’en 1912, il restera un
fidèle de la grande exposition parisienne de printemps au Palais des Champs
Elysées. L’année de sa première exposition ce Salon, pour la première fois,
élira un jury désigné par tous les artistes dépositaires d’au moins une œuvre.
Le salon, cette grande boutique d’images décrite par Zola, dont le retentissement est international, constitue un grand spectacle populaire qui, rappelons le, draine de 300 000 à 500 000 visiteurs. Celui-ci reste l’exposition de prestige incontournable où les œuvres sont soumises à l’appréciation du public, de la critique et des autorités officielles.
Si Debat-Ponsan reste inscrit jusqu’en 1877 à l’école des Beaux Arts de Paris, autrement dit tout de même pendant onze ans, phénomène assez rare, s’est essentiellement dans le but d’obtenir une place pour l’Académie de France à Rome. Ainsi, il va tenter à plusieurs reprises de décrocher sa place pour l’Italie, six fois entre 1870 et 1877. Cette quête obstinée ne l’empêchera pas naturellement de produire, parallèlement, d’autres tableaux que ceux exigés pour le concours.
Dans ses premières toiles Debat-Ponsan, comme d’autres, reste influencé par l’idéal enseigné par l’école des Beaux Arts de Paris, celui d’une peinture qui se veut exemplaire aussi bien dans ses moyens ; qualité du dessin, du modelé, de la composition, que dans son évocation de vertus morales et pédagogiques.
En 1876 deux toiles de Debat-Ponsan sont exposées au salon des Champs Elysées. La fille de Jephté, reproduite ci-dessus, représente sans doute l’un de ses plus réussis tableaux d’histoire. Achetée au Salon par l’Etat, l’œuvre rentre peu après au musée des Beaux-Arts de Carcassonne.
Aujourd’hui comme hier
Le peintre entretenait avec
un oncle avocat toulousain, Charles Martel, une correspondance. Ce dernier suit
avec beaucoup de constance les débuts de son neveu, l’encourage et l’incite à
mobiliser amis et relations : « parce que le mérite ne peut pas
toujours être méconnu, remue-toi, remuez-vous, remuons-nous tous et cherchons
des influences car aujourd’hui tout est là… ». Les appuis et
recommandations n’interviendront qu’après 1880 et le peintre deviendra un
portraitiste recherché par la haute bourgeoisie de l’époque.
A noter : La filiation
du peintre avec la famille Debré : « Toute mon enfance, en Touraine,
a été marquée par les tableaux d’Edouard Debat-Ponsan. Je me souviens de l’étude
de Tunis, Le cheval noir du général
Boulanger, accrochée dans ma chambre à Montlouis. Enfant, je ne cessais de
la contempler avec admiration et souvent j’essayais de la copier, sans succès.
C’est avec émotion que je revois mon père me racontant l’affaire Dreyfus devant
une esquisse de La Vérité sortant du
puits. Il m’a souvent rappelé avec fierté que le tableau avait été offert à
Emile Zola par ses admirateurs à la suite d’une souscription… » Jean-Louis
DEBRE
Cf/ Paul Ruffié, Debat-Ponsan, Edition Privas – Toulouse 2005