POUGUES LES EAUX - PARC SAINT-LEGER - NYMPHES

NYMPHES
L’artiste n’a pas donné de nom à la nymphe qu’il a peinte, couchée sur la mousse et les feuilles mortes du parc Saint-Léger. Mais on la reconnaît pour une Hamadryade, pour cette nymphe qui naissait en même temps que les chênes et mourait de leur mort. On dit qu’en les surprenant dans leur nudité, l’homme s’exposait à être frappé de démence, mais que toujours des hommes se sont rencontrés pour braver ce danger, symbole de l’invincible attrait de la beauté et du délire qu’il porte malgré lui dans l’âme.

NYMPHES DE NYSA
Les nymphes de Nysa, les nysiades, pour parler la bonne langue mythologique, étaient d’aimables prêtresses de Bacchus, moins folles de vin fumant que d’amour et de lumière. Elles ne couraient pas toutes au devant du pied de chèvre et de l’aegypan, mais elles ne redoutaient pas non plus l'aventure, et celles-ci vont sans crainte à travers le grand Parc, parcourant le sentier du Pavillon des Sources, sous les hauts chênes, à la recherche de quelques pampres rougis. Le thyrse ou la grappe en main, elles n'ont pour tout viatique, dans ce voyage de découverte, que leur beauté accomplie, leur insouciance et leur éternelle jeunesse ; elles ont aussi cette folle gaieté qui fait accepter bien des déboires, bien des imprévus...

BIBLIS
Biblis, fille de Miletus, avait conçu pour son frère Caunus une passion criminelle. Consumée par la douleur, torturée d’amour, recherchant la solitude ombragée du Parc, elle se livre à son désespoir. Dans la souffrance, son corps s’abandonne, ses doigts se croisent et se crispent, sa gorge se soulève à chaque sanglot, et de ses yeux tombent des larmes intarissables. Métamorphosée en source par les nymphes apitoyées, ses pleurs sont devenus un ruisseau qui court lent, plaintif, avec un sourd murmure où gémit l’éternelle douleur de Biblis, l'inconsolable.

SOMMEIL DE NYMPHES
Le sommeil semble profond, comme apaisé ! Dans la sérénité du crépuscule descendant doucement sur le Parc Saint-Léger, deux jeunes nymphes insouciantes se sont endormies, allongées avec tendresse l’une près de l’autre, à l’abri d’un grand chêne centenaire. Se sont presque des enfants encore, les corps sont libres et sveltes ; tout exprime la grâce renforcée s’il en était par le contraste de la couleur de peau…
Là réside sans doute aussi une part des éternelles questions que soulèvent les belles adolescentes aux formes affinées, toujours avenantes, peintes par les artistes :
Quel homme ne subirait la fascination de telles beautés ? Quel instinct farouche n’obéirait à leur douce volonté et ne s’apprivoiserait devant l’appel de leur gracieuse candeur ? Quel cœur n’amollirait une si improbable et étonnante rencontre, ce murmure d’amour ?
Et, comme déjà presque femmes, ces deux filles d’Eve rêvent sans doute de séduire quelques Princes charmants ou, à défaut, quelques Emirs fortunés.
 

Les Nymphes, toute une histoire !
Il s'agit avant tout de divinités secondaires très fréquemment dévêtues, elles se plaisent à vivre libres, en pleine nature, dans les forêts, les parcs, les montagnes...
La mythologie leur attribue comme vaste tâche de surveiller ladite nature. Ces jolies jeunes femmes, facétieuses et désirables, n'hésitent pas à s'unir aux dieux et, pourquoi pas à l'occasion aux simples mortels, afin de donner le jour à quelques héros et demi-dieu.

- Les Naïades sont les filles d'Océan, elles veillent en particulier sur les sources, les ruisseaux et les fleuves.
- Les Néréides, les cinquante filles mi-femme mi-poisson de Nérée et de Doris, personnifient les vagues et les Océanides, filles aussi d'Océan et de Téthys, vivent surtout dans les fonds marins.
- Les Hyades, quant à elles, sont les nymphes de la pluie et la tradition en compte sept, dont Ambrosia.
- Les Oréades hantent les montagnes et accompagnent Artémis dans ses chasses. L'une d'elles, Écho peinte par le Maître de l'académisme Cabanel, souffre de la vengeance tenace d'Héra.
- Les Dryades peuplent surtout les chênes et Eurydice, l'épouse d'Orphée, appartient à leur groupe.
- Les Danaïdes, cyniques et violentes, n'hésitent pas à tuer leurs maris le jour même des noces. Pour expier, elles seront d'ailleurs condamnées à remplir d'eau des tonneaux percés.
- Daphné, la nymphe aimée d'Apollon et de nombreux peintres académiques appartient à la race des vierges farouches et chasseresses. Son père, le dieu-fleuve Pénée, se désespère de voir sa fille éconduire tous ses représentants. Mais, toujours, elle se réclame du seul Artémis. Un jour dit-on, Apollon qui l'aperçut belle et sauvage, ses longs cheveux en désordre, courant derrière une proie incertaine, fut aussitôt pris d'un amour fou...

Epilogue - Poésie fin de siècle
Les dames habillées de la tête aux pieds de la cour du Second Empire et de la Troisième République n'étaient pas, bien entendu, aussi virtuelles que les nymphes des peintures. Mais, lors des promenades romantiques en galante compagnie dans le Parc Saint-Léger, elles aimaient sans doute, comme les messieurs d’ailleurs, à s'imaginer dans ces fables un peu libertines mises à la mode par les artistes d’alors.

http://verat.pagesperso-orange.fr/Hans_Zatzka.htm

George Hare, Victory of Faith

Eugène Ansen-Hofmann, Les nymphes de Nysa

Bouguereau, Biblis

Charles Chaplin, Le nid trouvé

Jules Lefèbvre

Parc Saint-Léger, suite

NUS ACADEMIQUES FIN DE SIECLE


Guillaume Seignac - Georges Rochegrosse - Jules Lefebvre - John William Godward - Emile Vernon - Jean-Léon Gérôme - William Bouguereau - Paul Merwart - Léon Comerre

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