POUGUES LES EAUX - PARC SAINT-LEGER - NYMPHES

HEUREUSES RENCONTRES
Depuis tout temps, on imagine que les bois ou les grands parcs ne sont jamais totalement déserts et qu’autour des sources s’agitent des ondines, des nymphes, autrement dit tout un monde invisible et enchanteur.
Ainsi, arrive-t-il parfois d'entrevoir une de ces apparitions que seuls, d'ordinaire, artistes et poètes possèdent le don d’apercevoir.
Cette nymphe a choisi l’heure la plus silencieuse du jour, l’heure où les sentiers du Pavillon des sources, les allées sauvages du Parc Saint-Léger, sont encore vides de promeneurs…
C’est à ce moment là que la nymphe, et parfois même la chasseresse, épanchera sa soif dans l'eau pure et bienfaisante qui, à ce que l'on prétend, posséderait bien d'autres vertus.

Chacun sait, par ailleurs, que les forêts sont parcourues par les amies de Diane.
Cependant il est rare, pour ne pas dire exceptionnel, d'en trouver se reposant au pied des grands chênes, mais jamais l’artiste, attentif, ne manquerait cet instant privilégié pour les dessiner, les peindre.
Le thème semble inépuisable par la force, la grâce et la séduction des modèles ; alors, à son tour, le peintre tentera avec plus ou moins de bonheur d’en reproduire l’éternel attrait.
Toujours, en effet, elles sont charmeuses ces nymphes qui reposent leurs corps sveltes et souples dans l’ombre mouvante des arbres, et quel homme ne subirait la fascination de leur beauté, de leur blancheur, de leur regard troublant ? Quel instinct, quelle volonté, résisterait à leur douce séduction et ne s’apprivoiserait devant tant de charme ?
Mais comme déjà elles sont expertes et pas vraiment timides, ces jeunes Ève s’apprêtent à séduire - naturellement fatales !

Il n’est jusqu’aux divinités de l’Olympe qui ne soient soumises aux variations du goût et de la mode :
Aujourd'hui, Vénus serait en disgrâce, elle aurait trop abusé du mythe poétique de sa naissance. L’Amour ne recueille plus guère de faveur, malgré Psyché et Monsieur Bouguereau. Minerve, quant à elle, tient trop à son casque qui, pourtant, lui attire railleries et moqueries et Junon est trop souvent maussade. Reste peut-être Diane, la plus chaste des déesses, mais à condition qu’on la déshabille, ainsi que ses suivantes, ne lui laissant pour parure que son arc et son croissant dans les cheveux.


 

Les Nymphes, toute une histoire !
Il s'agit avant tout de divinités secondaires très fréquemment dévêtues, elles se plaisent à vivre libres, en pleine nature, dans les forêts, les parcs, les montagnes...
La mythologie leur attribue comme vaste tâche de surveiller ladite nature. Ces jolies jeunes femmes, facétieuses et désirables, n'hésitent pas à s'unir aux dieux et, pourquoi pas à l'occasion aux simples mortels, afin de donner le jour à quelques héros et demi-dieu.

- Les Naïades sont les filles d'Océan, elles veillent en particulier sur les sources, les ruisseaux et les fleuves.
- Les Néréides, les cinquante filles mi-femme mi-poisson de Nérée et de Doris, personnifient les vagues et les Océanides, filles aussi d'Océan et de Téthys, vivent surtout dans les fonds marins.
- Les Hyades, quant à elles, sont les nymphes de la pluie et la tradition en compte sept, dont Ambrosia.
- Les Oréades hantent les montagnes et accompagnent Artémis dans ses chasses. L'une d'elles, Écho peinte par le Maître de l'académisme Cabanel, souffre de la vengeance tenace d'Héra.
- Les Dryades peuplent surtout les chênes et Eurydice, l'épouse d'Orphée, appartient à leur groupe.
- Les Danaïdes, cyniques et violentes, n'hésitent pas à tuer leurs maris le jour même des noces. Pour expier, elles seront d'ailleurs condamnées à remplir d'eau des tonneaux percés.
- Daphné, la nymphe aimée d'Apollon et de nombreux peintres académiques appartient à la race des vierges farouches et chasseresses. Son père, le dieu-fleuve Pénée, se désespère de voir sa fille éconduire tous ses représentants. Mais, toujours, elle se réclame du seul Artémis. Un jour dit-on, Apollon qui l'aperçut belle et sauvage, ses longs cheveux en désordre, courant derrière une proie incertaine, fut aussitôt pris d'un amour fou...

Epilogue - Poésie fin de siècle
Les dames habillées de la tête aux pieds de la cour du Second Empire et de la Troisième République n'étaient pas, bien entendu, aussi virtuelles que les nymphes des peintures. Mais, lors des promenades romantiques en galante compagnie dans le Parc Saint-Léger, elles aimaient sans doute, comme les messieurs d’ailleurs, à s'imaginer dans ces fables un peu libertines mises à la mode par les artistes d’alors.

http://verat.pagesperso-orange.fr/Hans_Zatzka.htm

Martin Kavel, Beauty

William Godward, Drusilla & The Tambourine Girl

Albert-Joseph Moore

Bouguereau, La brise du printemps

Jules-Joseph Lefebvre, Flora

Louis Welden Hawkins

Charles Chaplin, A Song Silenced

Botticelli, Titien, Rubens et Boucher ont honoré la nudité féminine, lui conférant un statut respectable et en quelque sorte officiel. Dans la seconde partie du XIXème siècle, les visiteurs du Salon de Paris ou bien encore ceux des expositions d'été de la Royal Academy de Londres, peuvent contempler sans problèmes moraux et sans culpabiliser les nus plus ou moins sensuels de Bouguereau ou de Lord Leighton.
Le Nu "académique", désormais bien ancré dans la morale bourgeoise, se trouve représenté dans toutes les manifestations artistiques de l'époque. Il est incontestablement populaire et avec l'invention de la photographie et du procédé de photogravure, les reproductions de ces nus de Salon, toujours glabres, seront vendues en énormes quantités. Des critiques comme Armand Silvestre, des revues, sont même spécialisés dans la description du genre.

Un livre avec reproductions en couleur sur le sujet est disponible :
FIN DE SIECLE - TURN OF CENTURY, 50 euros, contact :
Marc-Verat@wanadoo.fr


Guillaume Seignac - Georges Rochegrosse - Jules Lefebvre - John William Godward - Emile Vernon - Jean-Léon Gérôme - William Bouguereau - Paul Merwart - Léon Comerre

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