Quelques peintres académiques
Dans l'Atelier Cormon à Montmartre vers 1882


Fernand-Anne Piestre, dit Fernand Cormon, né le 24 décembre 1845 à Paris où il est mort le 20 mars 1924. Son atelier rue Constance ou boulevard de Clichy ? On remarquera derrière le modèle en rouge, la silhouette caractéristique de Toulouse-Lautrec.
Élève
de Jean-François Portaels à Bruxelles, puis d'Alexandre Cabanel et d'Eugène
Fromentin à Paris, Fernand Cormon fait ses débuts au Salon de 1868. Il se fait
connaître par des scènes historiques violantes comme le Meurtre au sérail ou encore
la Mort de Ravana, qui est primée au Salon de 1875. Il peint aussi des
portraits, sans jamais délaisser complètement le style académique, et voyage en
Tunisie et en Bretagne. Il ouvre en 1882 un atelier au 10 rue Constance et, en
1888, au 104 boulevard de Clichy.
Professeur à l'École des Beaux-Arts, il est élu membre de l'Académie des
beaux-arts en 1898.
Fernand Cormon aura de nombreux élèves de toutes obédiences : Adolphe Beaufrère,
Émile Bernard, Jacques Bonneaud, Georges Bottini, Marius de Buzon, Ibrahim
Çalli, Eugéne-Louis Chayllery, Émile Claro, Lucien-Victor Delpy, Guillaume
Desgranges, Paul Élie Dubois, Thorvald Erichsen, Augustin Ferrando, Jean
Frélaut, Henri Matisse, Nicholas Roerich, John Peter Russell, Édouard-Marcel
Sandoz, Chaïm Soutine, Henri de Toulouse-Lautrec, Vincent Van Gogh, Henri
Villain, Jacques Villon...
Son enseignement reposait en partie sur la copie de tableaux du Louvre, ce que
n’appréciait guère certains élèves comme Van Gogh. Cependant, Cormon était
généralement apprécié pour sa grande tolérance dans l'exécution, phénomène peu
courant à l'époque. Fernand Cormon éprouvait sympathie et considération pour
Toulouse-Lautrec, qu’il protégeait plus ou moins du comportement moqueur de ses
camarades de cours.


"La Fuite de Caïn" - L'œuvre se devait de rester laïque :
Cormon a enlevé les symboles religieux en évoquant un côté préhistorique. Curieusement cet immense tableau fut perdu en 1925 mais retrouvé dans
les réserves du Palais
de Tokyo à Paris en 1980. Cet
étonnant tableau aux dimensions respectables sera un grand succès du peintre
au Salon de 1880. La peinture renvoie aux
vers de Victor Hugo écrit en 1859 dans La Légende des Siècles : "Lorsqu'avec ses
enfants vêtus de peaux de bête, échevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se
fut enfui devant Jéhovah..."
Avec ce tableau, le peintre se
créa une spécialité : la préhistoire. Cela lui valut un flot de commandes de
l’Etat et à 25 ans il était déjà médaille d’or du Salon et à 35 Officier de la
Légion d’honneur.
Victor Prouvé (1858-1943), peintre de la chair et de la vie

Odalisque et harem, l’Orient fantasmé
Dans l’obscurité du harem, monde clos,
une créature nue est assise de dos à même le sol, non loin des vapeurs de
narghileh, posé sur un plateau ouvragé.
Cette espiègle créature darde un regard charmeur sur le spectateur émerveillé,
comme pour le convier à pénétrer dans cet univers interdit.
Le satin de sa peau pâle, les contours incandescents de ses seins, fruits d’extases,
taille marquée esquissant de voluptueux sillons de chair, les hanches opulentes,
les cuisses charnues, les pieds caressés par la soie, exaltent l’érotisme
indolent des Mille et Une Nuits. Cette femme blanche au profil droit, à la
croupe cascadante caractéristique de la Belle Epoque, chante en réalité une
beauté toute occidentale. Le peintre s’inspire certes des attitudes familières des orientales
qu’il a tant admirées mais il transpose en fait l’idéal artistique de la
sculpture gréco-romaine ainsi que l’héritage néoclassique dans un décor
exotique, teinté de quelques touches orientalisantes.
La féminité conditionne ensuite le fantasme d’un monde
isolé, presque exclusivement féminin à l’exeption de quelques eunuques… Cet
univers féminin, cage dorée préservée du regard des hommes, place également le
spectateur dans la position d’un intrus privilégié errant dans les recoins de
cet empire des sens.
La langoureuse torpeur, les méandres de ses flancs de porcelaine, les jambes fuselées, le sexe imberbe, le globe de son ventre lumineux, les pointes de ses seins aiguisées par les songes, la peau délicate des dessous de bras, la blancheur du cou, le beau visage pur, dégagent un érotisme puissant. Cette chair fleurie aux formes ondulantes, née d'un pygmalion sensuel, semble être caressée par le pinceau...
La vulnérabilité de la courtisane plongée dans ses rêves resserre l'espace qui la sépare du spectateur, tout en maintenant la distance nécessaire à l'éveil du désir. Cette Vénus de louage semble à la fois si proche et si lointaine, qu'il se prend à la désirer, oubliant alors qu'elle n'est qu'une chimère. Cette jouissance visuelle nous éclaire également sur les liens unissant l'artiste à son modèle. Les poseuses du temps, grisettes des faubourgs, filles des rues, chanteuses de cabaret ou ribaudes, appartiennent le plus souvent au bas de l'échelle de la bohème. Ces filles de passage qui s'offrent aux poses entretiennent assez fréquemment des relations intimes avec les artistes, favorisant par là-même la création d'oeuvres érotiques.
Au-delà de cet intermédiaire entre l'oeuvre et le créateur, le peintre encense en réalité la femme inspiratrice qu'il tente d'apprivoiser en adorant sa beauté, en modelant ses contours au gré de ses fantasmes.
Extraits : La nudité dans l'Ecole de Nancy, Delphine Antoine - Gérard Klopp Editeur - Thionville 2009

Lucien BERTHAULT 1854-1921, "Echos". Signé Lucien Berthault - 1901 - 218,5 x 160,5 cm
Léon-François Comerre, né à Trélon le 10 octobre 1850 et mort au Vésinet en 1916, est un peintre académique français. Il est l'oncle d'Albert Gleizes.
Fils d'instituteur, Léon-François Comerre s'installe à Lille avec sa famille en 1853. Très tôt, il manifeste un
intérêt pour l'art et engage des études artistiques au cours desquelles il sera
l'élève d'Alphonse
Colas. En 1867, il obtient une médaille d’or à l'académie de Lille et une
bourse du Département du Nord qui lui permettent de poursuivre ses études à
Paris. En 1868, il entre dans l’atelier d'Alexandre Cabanel, dont il subira l'influence
"orientaliste", puis est admis à l’Ecole des Beaux-Arts de
Paris. Il expose pour la première fois au Salon de Paris en 1871. Il y présentera de
nouveau son travail en 1874 puis en 1875, date à laquelle il obtiendra une
médaille de 3ème classe avec Cassandre.
À partir de 1872, il se présente plusieurs fois au concours du Grand Prix de
Rome. Il reçoit le Prix de
Rome de peinture d'Histoire en 1875 pour L’Annonce aux bergers. Il
séjourne alors à la Villa Médicis de janvier 1876 à décembre
1879.
En 1884, Comerre s'installe au Vésinet où il restera jusqu'à sa mort. Son épouse Jacqueline Comerre-Paton (1859-1955) fut aussi peintre.


En ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent, et les
écluses des cieux s'ouvrirent.
La pluie tomba sur la terre quarante jours et
quarante nuits.
Tout ce qui se mouvait sur la terre périt, tant les oiseaux que le bétail et les
animaux, tout ce qui rampait sur la terre, et tous les hommes.
Tout ce qui
avait respiration, souffle de vie dans ses narines, et qui était sur la terre
sèche, mourut.
Tous les êtres qui étaient sur la face de la terre furent
exterminés, depuis l'homme jusqu'au bétail, aux reptiles et aux oiseaux du ciel
: ils furent exterminés de la terre...
(Le Déluge / genèse
7.21)
Tableau de Léon-François Comerre, Musée des Beaux Arts
de Nantes / France

Jean Veber, 1888 - Ulysse et Nausicaa
Elle se rend donc, accompagnée de ses suivantes, jusqu'à un fleuve voisin ; une fois le travail terminé, elles jouent à la balle, et leurs cris, réveillent Ulysse, échoué non loin de là après le naufrage de son navire. Nu, sale et affamé, le héros décide de se manifester : "Quand l'horreur de ce corps tout gâté par la mer leur apparut, ce fut une fuite éperdue jusqu'aux franges des grèves. Il ne resta que la fille d'Alkinoos : Athéna lui mettait dans le cœur cette audace et ne permettait pas à ses membres la peur. Debout, elle fit tête..."

Edmond Grandjean : Paris, 1844 ; Paris, 1908

John William Godward, 9 août 1861 – 13 décembre 1922, peintre anglais de la fin de la période pré-raphaélite et néo-classique. Son style demeure proche de celui de son compatriote Sir Lawrence Alma-Tadema,
avec qui il entretenait des relations. Le peintre voyait "le monde de la Grèce antique comme l'âge d'or des beautés poétiques
et des langueurs gracieuses", et de fait, il est reconnu pour ses portraits de
jeunes femmes et sa virtuosité à rendre le drapé de leurs tuniques.
Autre caractéristique : son habileté prodigieuse à
peindre le marbre, dans toutes ses nuances, avec une minutie et une justesse
dignes d'un géologue.
Il exposera régulièrement à l'Académie Royale
de Londres entre 1887 et 1905 ainsi qu'à la Société Royale des Artistes
Britanniques, dont il deviendra d'ailleurs membre en 1889. Les peintures de
William Godward ont été également souvent exposées à la société royale
de Birmingham. Il participa au salon de Paris de 1899. En 1913, l 'artiste s'est vu
attribuer la médaille d'or à l'exposition internationale de Rome, ville où il
vivra jusqu'en 1921.
De retour à Londres en 1921, il se suicidera après une longue
dépression.

Cave of the Storm Nymphs, 1903 - 145.9 x 110.4 cm
Sir Edward John Poynter (20
mars 1836 – 26 juillet 1919) peintre britannique.
Fils de l'architecte Ambrose Poynter, il est né à Paris. Il a commencé ses
études au Brighton
College avant de les poursuivre à Londres, à Rome et avec Charles Gleyre à Paris où il rencontrera James McNeill Whistler.
Poynter a occupé plusieurs postes officiels : il fut le premier Slade
Professor de 1871 à 1875, fut principal de la National
Art Training School de 1875 à 1881, directeur de la National Gallery de 1894 à 1904
et devint membre de la Royal Academy en 1876. À la
mort de Sir
John Millais en 1896, Edward Poynter lui succèda comme Président de la Royal Academy et sera anobli la même
année.
Guillaume Seignac - Georges Rochegrosse - Jules Lefebvre - John William Godward - Emile Vernon - Jean-Léon Gérôme - William Bouguereau - Paul Merwart - Léon Comerre
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