http://marc.verat.pagesperso-orange.fr/Dancette-Auer.htm

Lorsque j’ai fait la connaissance de Marc Vérat, autrefois artiste peintre surréaliste, je ne savais pas à ce moment là qu’il me montrerait le chemin d’une « rencontre du troisième type ». Cette rencontre, c’est celle de Pierre Dancette que je n’ai pas connu personnellement mais que je découvre, aujourd’hui, au travers de ses peintures fantastiques qui nourrissent mes pensées comme en d’autres temps la littérature de Lovecraft s’imposa à mon imaginaire en gestation.
Cet univers fantasmagorique suscite une réflexion qui appelle une requalification de l’identité de sa représentation du monde au delà des références symboliques, mystiques et mythiques présentes dans quelques métaphores picturales. Pierre Dancette nous arrache de notre petit monde réglé et sans surprise pour nous emporter dans un univers fantastique et dans lequel nous sommes parcelle cosmique.

Le mouvement des formes est une force qui semble venir d’ailleurs, une force vitale. La vie s’incarne dans le minéral et le végétal. Le tout s’harmonise, et ne fait plus qu’un. La montagne, la roche ou encore la pierre des châteaux en ruine s’humanisent sous le pinceau de l’artiste. La végétation et les arbres se personnifient. Les êtres se végétalisent, ils font corps avec la nature et apprivoisent des animaux parfois fossilisés, venus d’un autre temps. Tout ce qui est, obéit à un principe de vie.
Si Pierre Dancette était un philosophe il serait peut-être Bergson et l’élan vital, ou bien Hartmann et l’inconscient ou bien encore Nietzsche et la volonté de puissance.
Peintre, poète, artiste philosophe il sait nous émouvoir et nous faire réfléchir sur notre condition humaine, le sens de la vie et la place que nous occupons dans l’univers.
Pierre Dancette est unique, il est l’intelligence de la folie.

Joël Muzerelle, Nevers le 07/09/2011

Une montagne surmontée d'une porte ouverte symbolise le lieu de rencontre du ciel et de la terre et le passage des ténèbres à la lumière.
Trois grands arbres en ascension vers le ciel expriment par leur verticalité l'élévation spirituelle, intellectuelle et morale ainsi que le caractère cyclique de l'évolution cosmique c'est-à-dire la mort et la régénération.
Des racines sorties des ténèbres de la terre s'organisent en un couple fait d'humanité et d'animalité que nous portons tous en nous. L'homme, seul,  en quête de transcendance, part à l'assaut de la montagne afin d'y franchir la porte qui mène à la lumière...Tout devient symbole !

       

      

      

Les racines de la plante du pot de fleur en terre cuite ont donné naissance à tout un monde. D'abord une tour à face grimaçante a germé, ensuite la Porte des Vents s'est accrochée sur la grosse motte en lévitation, véritable morceau de terre portant arbres et même petit village. Quant à la Licorne, elle reste prudemment lovée dans son trou par crainte, peut-être, du dragon marin du dessous. Cet univers en réduction porte en son centre une curieuse percée octogonale bleue claire avec une nymphe légère et dansante.

Le ptérodactyle et le château en ruines, la colline à la gueule béante, ont échappé de justesse à la coupe sombre de la scie de Pierre Dancette. L'artiste, parfois se ravisant, fractionnait ainsi certains de ses tableaux.
Sans doute mécontent de cette partie, en 2004, il a peint et signé au verso une grande barque à voile claire avec proue portant figure humaine.

Nous sommes en hivers, l'atmosphère est pesante, pourtant la femme est nue, ou presque, puisqu'elle porte la jarretière du stupre et du désir ainsi que le collier de perles rares de la vénalité. La femme au curieux doigt crochu, appuyée contre un arbre torturé, semble hésiter...
Il ne s'agit pas ici d'une de ces hamadryades dont parle la mythologie mais plutôt d'une fille de joie sur le retour du remords. L'église, derrière, semble accréditer cette hypothèse.

Les peintures de Pierre Dancette n’échappent pas à la force de leur auteur. Pour preuve cette encre de chine avec rehauts légèrement colorés qui pourrait être l’illustration d’un conte de notre enfance.
Pour accéder à ce qui semble être un havre de paix, à moins qu’un nouveau mystère n’y soit caché, il faudra d’abord, au cœur de la nuit, franchir une barrière végétale peu accueillante sous la menace d’un arbre déraciné.
Pierre Dancette veut-il montrer la voie initiatique qui mène à la sérénité spirituelle ?

Bien souvent, les dessins de Pierre Dancette dépassent la simple étude et font preuve d'un aboutissement méticuleux. Ses sujets de prédilection, petites églises esseulées, châteaux en ruines, sont moins présents et il semble que l'attention requise de la part du spectateur soit moindre pour ses dessins, tout en nuances blondes, que pour ses sombres tempéras.
Les dessins de Pierre Dancette reflètent bien son univers si particulier et constituent le complément nécessaire à sa peinture, ils montrent la profonde sensibilité de l'artiste dont l'objet n'est pas de traduire fidèlement la réalité mais plutôt celui d'aborder l'imaginaire et l'évasion.
Tout dans son oeuvre doit-être regardé avec application, l'ensemble comme le plus inattendu détail.

            

Pierre Dancette fin des années 70 en compagnie de Ginette, d'origine guadeloupéenne, sa toute nouvelle jeune et troisième épouse.

Auguste, notre père a été secrétaire général de la sous-préfecture de Cosne de 1946 à 1955 environ. Il a ensuite été nommé directeur de division à Fort-de-France puis à Rodez. Il s'est remarié en 1937 à Nevers et je suis le seul enfant issu de cette union. J'ai deux soeurs et un frère.
Pour Pierre, l'aîné, la vie n'a pas toujours été un long fleuve tranquille !
Pierre a eu deux fils : Bruno né d'un premier mariage est décédé tragiquement puis Jérôme, issu d'un second, qu'il a peu connu et qui est actuellement photographe en région parisienne.
D'après ce qui a été dit à l'époque la mère de Bruno, dépressive, aurait mis fin à ses jours dans les années 1970. Bruno serait décédé dans des circonstances similaires mais de nombreuses années plus tard.
Quelques souvenirs de ma petite enfance à Nevers concernant Pierre : il avait 10 ans de plus que moi et se montrait très doux et attentif pour son jeune frère, m'accompagnant dans des promenades, trouvant toujours des jeux à mon niveau d'enfant de 5/7 ans, par exemple les fameuses séances de Dudule, inventées par lui, pour lesquelles il a créé des personnages avec ses mains et pour lesquelles il inventait des aventures avec pour principaux acteurs, outre Dudule : Deux Têtes, Le Boiteux, La Tortue, et j'en oublie...
Pierre a fait une ou deux fugues à Paris vers l'âge de 14/15 ans, en vue de contacter des dessinateurs de bandes dessinées, mais sans succès (à cette époque il créait des bandes dessinées). Plus tard il a écrit des poèmes et se montrait toujours très calme, réservé, voire renfermé sur lui-même, peu bavard sauf circonstances exceptionnelles. Par la suite la vie nous a séparés et nous ne nous sommes revus qu'à de rares occasions à La Charité où il habitait et où mon père avait pris sa retraite. En résumé, j'ai le souvenir d'un frère rempli d'humanité et se plaisant dans une certaine marginalité.

Jean Dancette - Nevers, le 20/10/2011


Pierre Dancette a exposé à plusieurs reprises à la Galerie du Puits du Bourg de Nevers. Trois fois individuelement en mars 1991, avril 1994 et mars 1997.

Le Journal du Centre, 19 décembre 1994 - Pierre Dancette se situe à l'extrême gauche.

Bernard Esambert dans son bureau à Paris, de nombreuses toiles toutes figuratives accrochées au mur ou par terre, en attente :
"Le décor change régulièrement car il faut bien aider les artistes".

Pour vendre un tant soit peu, il faut s'en occuper et lorsque l'on manque de relations, d'introductions sérieuses dans le milieu de la presse, de la "Culture", de la politique aussi, il semble encore que le meilleur moyen de faire connaître son travail soit celui de l'envoi de photos accompagnées de quelques commentaires. Naturellement, on pense immédiatement à les adresser aux galeries d'art mais là, la concurrence semble rude, les galeries n'ont que l'embarras du choix et, de toutes façons, bien peu nombreuses sont celles qui vendent régulièrement et encore plus rares seront celles qui pourront prétendre assurer la promotion d'un nouvel artiste.
A défaut d'entrer par la grande porte et faute de ne pouvoir appartenir au "réseau", il reste toujours possible de s'adresser directement aux entreprises et de penser plus particulièrement aux banques.
Quelques résultats ont été obtenus avec ces dernières. Bernard Esambert, Président de la Compagnie Financière et ancien chargé de mission du Président Pompidou a acheté des tableaux. Déjà en 1986, par l'intermédiaire de son Directeur Général, la Banque Populaire de la Nièvre, encore autonome à cette époque, avait aussi acquis des peintures, en 1987 c'était la Kreissparkasse avec également l'occasion d'un voyage en Allemagne en passant par le Luxembourg...
Le commerce de l'art vivant, ressemble néanmoins la plupart du temps un peu au miroir aux alouettes :
- Pour le commerçant d'abord, qui aura vite fait d'épuiser le débouché naturel que constitue les amis, la famille, les relations. Bien entendu, il reste nécessaire de faire croire ; alors on annonce que cela marche, éventuellement on reconnaîtra une conjoncture passagèrement défavorable mais jamais - au grand jamais - on dira que ce type de marché est forcément réduit, qu'il en a toujours été plus ou moins ainsi, avec peu d'acheteurs : quelques aristocrates nobles sous l'Ancien-régime, quelques bourgeois fortunés et personnalités médiatiques aujourd'hui et, pour les oeuvres aux prix plus accessibles, un panel un peu plus large. On entretiendra tacitement ou sciemment l'illusion ou le mythe de l'artiste, et l'on taira, snobisme aidant, que plus le produit est compliqué, hermétique - je veux dire abstrait et conceptuel - plus il s'avère difficile à placer.
Dès lors, comment ne pas constater la courte durée de vie de la plupart des galeries d'art et la nécessité pour elles d'avoir une autre source de revenus en variant les produits ou, comme très souvent, en comptant prosaïquement sur le salaire du conjoint.
- Pour l'artiste c'est à peu près la même chose, il lui faut soit exercer un autre métier, soit bénéficier de la générosité de ses proches ou se contenter des aides publiques. Au départ, envers et contre tous, le créateur avec confience croît en son talent puis, avec le temps, il finira par se persuader que l'essentiel c'est d'abord de créer pour soi et il fera comme si le choix existait vraiment. L'honneur ainsi est sauf !

En province, il ne faut pas rêver, exposer c'est déjà se faire plaisir, c'est montrer aussi à l'artiste que l'on apprécie son travail, le reste, c'est-à-dire les ventes, sont hélas très hypothétiques. Cependant des artistes plaisent plus que d'autres, on peut même s'en tirer pas trop mal, surtout si les oeuvres restent accessibles financièrement et directement "lisibles". Je pense aux petites peintures fantastiques de Pierre Dancette travaillées à la tempéra sur panneau d'isorel. Hors du temps et plutôt sombres, finalement elles ressemblaient au personnage, fataliste ou modeste, toute sa vie durant infirmier à l'hôpital psychiatrique de La Charité-sur-Loire, à l'époque de la camisole et de la piqûre-punition... Toute une époque, toute une histoire...

Marc Vérat - Nevers le Puits du Bourg, le 03/02/1993

Marc Vérat devant une peinture de Pierre Dancette


Cette semaine, nous vous présentons un photographe de talent qui s’est découvert récemment une passion et un amour pour la photographie. Avec une sélection de photos à la fois hétérogène et originale, Jérôme Dancette nous fait partager sa passion du détail. Place à l’artiste…

Je suis né en Bourgogne en 1974 mais j’ai passé la plus grande partie de ma vie dans les Alpes-Maritimes. Passionné de nouvelles technologies et de multimédia je suis arrivé tout naturellement à la photo il y a un an.
J’ai commencé à photographier mon cadre de vie, des photos urbaines à Paris et à Nice (mes deux ports d’attache) mais c’est la macro qui me titillait davantage. Je me suis donc résolument attaché à photographier l’infiniment petit.
La macro m’a donné cet amour du détail ce qui me semble intéressant car l’œil du photographe est poussé à l’extrême. On ne montre qu’un angle, une facette d’un objet que l’oeil humain à tendance à éliminer instinctivement.
Je rebondis selon mes envies. On peut trouver dans mes photos aussi bien des photos commerciales que des photos plus artistiques.
J’ai créé mon site web qui je pense est représentatif de ce que j’aime. Je ne m’enferme pas dans un style, je suis très éclectique. On y trouve plusieurs styles de galeries notamment une galerie intitulée « désaturation » qui est toute jeune mais qui a le mérite d’exister.
Je sais aujourd’hui que je désire mettre en accord ma vie professionnelle et ma passion.
C’est donc en tant que professionnel sur Londres que je souhaite m’installer maintenant.

Photolia - Jérôme Dancette, le 26/04/2006
 


LA CHARITE SUR LOIRE - HOMMAGE A PIERRE DANCETTE

Grandes Salles du Prieuré, 27 avril - 8 mai 2012
Vernissage prévu le vendredi 27 avril, à partir de 17 h - L'exposition sera ouverte tous les après-midis

Un ouvrage consacré à Pierre Dancette, avec reproductions en couleur, est disponible, prix 40 euros. Contact : Marc-Verat@wanadoo.fr


Bien sûr, il existe des artistes dont on parle ou dont on a parlé. Il existe aussi ceux, plus nombreux, dont on ne parle pas, dont on ne parlera peut-être jamais.
Bien sûr, il y a les plasticiens à la mode qui appartiennent à des mouvements identifiés, les décorateurs de l’abstraction qui, finalement, n’ont pas grand chose à dire.
Mais, heureusement, il restera toujours quelques peintres hors du temps, avec des histoires à nous raconter. Pierre DANCETTE, qui est décédé en 2010, fait partie de ces derniers...