La Carte Postale Ancienne
Odette Pauvert en 1925, avec sa Légende de Saint-Ronan, devient la
première femme lauréate du prix de Rome de peinture. Jules
Scalbert, sociétaire des Artistes Français, expose au Salon dès
1876. Lors des expositions du Salon et comme l’attestent ces
deux cartes-postales, tirées à des centaines d’exemplaires et
davantage, les nus féminins présents en nombre sur les cimaises
sont très prisés du public. Le modèle parisien, jugé plus adapté,
a remplacé le modèle italien. La peinture d’histoire devient
marginale et laisse souvent place à une représentation prosaïque
du quotidien. La réputation internationale du Salon de Paris
incite par ailleurs les éditeurs à légender leurs cartes en
plusieurs langues. Avec le nouveau modèle, un nouveau
Nu ! Durant la Troisième République les mœurs se
libéralisent et la censure se relâche. Le grand dessin du nu
académique, à l’exécution soignée et toujours figurative,
demeure, mais l’intimité féminine se dévoile en des lieux
familiers, cabinet de toilette, salle de bain, et dans des intérieurs
confortables. Un élément vient parfois apporter une note de
modernité émancipatrice : la cigarette.
Décembre
1872 voit la parution des deux premières cartes postales françaises. Dès 1889
la production de ces cartes atteint déjà quelques millions d'exemplaires par
an. C'est aussi l'époque où le verso commence à être illustré systématiquement,
l'exemple type étant la Tour Eiffel gravée et dessinée par le lithographe
Charles Libonis.
La période 1900 - 1920 est considérée comme l'âge d'or de la carte postale. La
majorité des cartes est alors imprimée en phototypie, procédé d'impression à
l'encre grasse avec gélatine insolée sur une plaque de verre et qui permet un
rendu très précis, non tramé.
La carte postale se démocratise, tout le monde peut se l'offrir et elle
s'impose, non seulement comme un support de communication afin de faire
partager son sentiment à des proches, mais également comme une image de
collection ou de souvenir d'un événement, d'un lieu, dont on est éventuellement
témoin... La Belle Epoque verra ainsi des dizaines d'éditeurs se partager un
marché considérable : 600 millions de cartes auraient été éditées en France
pour la seule année 1905. On pourrait même considérer que cette carte postale
devient l'expression privilégié d'un nouvel art de la correspondance. En tout cas
elle offre, hier comme aujourd'hui, une source de documentation irremplaçable
pour illustrer de nombreux aspects de la vie sociale et culturelle.
Tous les sujets peuvent devenir prétexte à édition, y compris à de très faibles
tirages. De nombreux moments de la vie quotidienne d'une France encore rurale
et artisanale sont de cette manière conservés. En ville, ce sont les
commerçants et artisans qui se font photographier devant leur boutique ou dans
l'exercice de leur activité...
Bien
entendu à Paris, les oeuvres exposées au Salon - la manifestation culturelle par
excellence - font partie des sujets favoris des éditeurs ainsi que du public et
avant 1914, les reproductions des peintures de nu féminin, sous forme de cartes
postales sont autant répandues, voire davantage, que tous les autres genres.
Elles sont incontestablement appréciées par de nombreux amateurs, sans doute
pas insensibles aux charmes évocateurs des modèles. Il faut dire aussi que la
censure veille, ce qui est montrable et toléré en peinture reste toujours
interdit en photographie, celle-ci étant jugée inconvenante par son trop grand
réalisme.
La composition des peintures apparaît la plupart du temps comme assez
élémentaire, avec des poses proche de celles de la vie de tous les jours, avec
ses poncifs montrant par exemple plutôt le lever que le coucher d'une jeune
femme seule ou accompagnée d'une servante, avec pour but essentiel semble-t-il
de mettre en valeur d'une manière plus ou moins érotique un joli corps.
Celui-ci, plus souvent de face que de dos, est naturellement traité de manière
figurative et relativement impersonnelle, d'une surface non négligeable, il occupe
d'ordinaire la place centrale du tableau. Le décor est bourgeois selon le goût
de l'époque mais il sait parfois aussi être exotique, parfois sobre et se
situer en pleine nature, lorsque le modèle devient Odalisque ou divinité. Pour
plus de réalisme, les cartes sont quelquefois colorisées.
"La
langoureuse torpeur, les méandres de ses flancs de porcelaine, les jambes
fuselées, le sexe imberbe, le globe de son ventre lumineux, les pointes de ses
seins aiguisées par les songes, la peau délicate des dessous de bras, la
blancheur du cou, le beau visage pur, dégagent un érotisme puissant. Cette
chair fleurie aux formes ondulantes, née d'un pygmalion sensuel, semble être
caressée par le pinceau...
La vulnérabilité de la courtisane plongée dans ses rêves resserre l'espace qui
la sépare du spectateur, tout en maintenant la distance nécessaire à l'éveil du
désir. Cette Vénus de louage semble à la fois si proche et si lointaine, qu'il
se prend à la désirer, oubliant alors qu'elle n'est qu'une chimère. Cette
jouissance visuelle nous éclaire également sur les liens unissant l'artiste à
son modèle. Les poseuses du temps, grisettes des faubourgs, filles des rues,
chanteuses de cabaret ou ribaudes, appartiennent le plus souvent au bas de
l'échelle de la bohème. Ces filles de passage qui s'offrent aux poses entretiennent assez fréquemment des relations intimes avec les artistes, favorisant par là-même
la création d'oeuvres érotiques.
Au-delà de cet intermédiaire entre l'oeuvre et le créateur, le peintre encense
en réalité la femme inspiratrice qu'il tente d'apprivoiser en adorant sa
beauté, en modelant ses contours au gré de ses fantasmes."
Extrait
: La nudité dans l'Ecole de Nancy, Delphine Antoine - Gérard Klopp Editeur -
Thionville 2009
Pour
certains et à l'image de l'auteur cité ci-dessus - une femme - le vecteur de
l'érotisme se situe aussi à hauteur des aisselles mais pour la plupart
d'entres-nous - les hommes - les jambes longues, les chevilles fines avec des petits
pieds, l'opulente chevelure sans parler, bien entendu, du ventre rond, des
fesses charnues et des seins fermes, constituent les véritables morceaux de choix.
A bien observer la quantité innombrable de cartes postales, éditées avant
1914, qui représente des peintures de femmes dévêtues - tableaux
officiellement exposés aux Salons de Paris - on peut remarquer plusieurs
éléments récurrents :
- Les modèles sont naturellement potelés, sans sophistication excessive, jeunes, parfois même très jeunes et,
généralement, d'une autre génération que le peintre.
- Ils sont exclusivement de sexe féminin avec, comme il se doit, un physique toujours
avantageux ; la pose choisie par l'artiste - un homme - est rarement dynamique
et le plus souvent lascive et indolente.
- Le sujet se présente exceptionnellement de dos et fréquemment allongé plutôt que
dans une autre attitude ; les scènes de réveil, d'étirement, de bain et de toilette
sont largement privilégiées.
Le décor assez sobre, composé surtout de draperies, de tentures, de
coussins, de sofas, reste représentatif de ce goût fin de siècle. Lorsque le peintre choisit de montrer
quelques allégories, la scène peut
alors se situer en pleine nature.
- Le recto de la carte, réservé à la correspondance, n'est que très rarement
écrit, quant au verso, outre la belle femme nue accompagnée du fréquent monogramme de l'éditeur, figure
généralement un numéro de référence, l’année d’exposition de la peinture au Salon
de Paris, le titre de l'œuvre ainsi que le nom de son auteur. A noter :
Toutes ses informations paraissent parfois en plusieurs langues, y
compris en russe, ce qui atteste s'il en était besoin la dimension internationale des Salons parisiens.
- Sans doute par crainte de dévoiler un quelconque penchant lubrique un peu voyeur, la plupart
du temps les cartes ne sont pas affranchies et n'ont pas circulé, elles sont plus sûrement conservées ou collectionnées.
A partir de ces cartes postales, on ne peut manquer de s'interroger sur la localisation actuelle de ces innombrables peintures de nu ? Elles demeurent peu montrées. Rares sont celles accrochées aux cimaises des musées, elles figurent plus certainement dans les réserves, et encore ! Quant aux propriétaires particuliers ? A l'heure de l'art moderne et contemporain peut-être en ont-ils tout simplement honte. Pour eux, semble-t-il, cet art est trop peu cérébral, trop représentatif et bien trop proche du vulgaire hédonisme.
Salon de Paris - V. Marais-Milton, Les petits chats 4310 AN Paris
Ici, on entre directement dans le domaine de l'imagerie populaire qui plait aux hommes et aux jeunes-filles.
On est loin, désormais, des conventions à l'origine de la peinture académique, il ne s'agit plus de montrer une Vénus mais plus trivialement une jeune-femme qui présente deux adorables chatons à la mère chatte.
L'allusion semble claire, le déshabillé découvre une poitrine menue et est juste relevé ce qu'il faut afin de respecter une élémentaire décence. Le spectateur masculin, sans doute un peu lubrique, y verra une invitation à l'érotisme, alors que la jeune candide sera attendrie et émerveillée par le spectacle des petits chats.
Guillaume Seignac - Georges Rochegrosse - Jules Lefebvre - John William Godward - Emile Vernon - Jean-Léon Gérôme - William Bouguereau - Paul Merwart - Léon Comerre
Marc VERAT - Index
L'Art Académique - Synopsis